La diplomatie par la parole : tradition mbochi et doctrine de Sassou N'Guesso au Congo (1979-2026)

Auteur/ices

  • Gomas Aimée Noelle Université Marien Ngouabi image/svg+xml Auteur·e
    Conflit d'intérêt

     

DOI :

https://doi.org/10.55595/gnmw8f09CAR1

Mots-clés :

Parole, Denis Sassou N'Guesso, Congo, diplomatie africaine, françafrique

Résumé

Publié en 1997, à la charnière du retour au pouvoir de son auteur à l'issue d'une guerre civile, Le manguier, le fleuve et la souris est à la fois un récit de vie et un exposé de politique étrangère, rédigé par un chef d'État congolais qui dirige son pays depuis près d'un demi-siècle. Cet article reconstitue, à partir du texte lui-même, la doctrine diplomatique que Denis Sassou N'Guesso y revendique. Aussi, il la confronte à l'historiographie indépendante des épisodes qu'il relate et à la diplomatie conduite par la République du Congo depuis le milieu des années 2020. Je recours au cadre théorique de la « politique du ventre » et du néopatrimonialisme (Bayart, Médard), ainsi qu’aux traditions africaines de résolution des conflits par la parole, palabre, mbongi, kanza, afin d'interroger la légitimation propre à l'exercice autobiographique. Il ressort de cette analyse que le livre expose une doctrine organisée autour de quatre piliers stables. Il s’agit de l’équilibre entre puissances rivales, médiation régionale érigée en capital politique, régionalisme africain revendiqué comme alternative aux tutelles extérieures, partenariat renégocié plutôt que rompu avec la France, auxquels s'ajoute un cinquième trait, plus diffus mais tout aussi cohérent : la mise en forme de cette doctrine dans l'idiome de la palabre africaine et singulièrement du kanza mbochi, qui donne à la médiation congolaise une légitimité culturelle propre. Cette doctrine continue pour l'essentiel de structurer la diplomatie congolaise contemporaine, tandis que le texte opère une sélection narrative qui minore les épisodes les moins compatibles avec l'image de médiateur désintéressé qu'il cherche à construire. Le manguier, le fleuve et la souris ne saurait donc être lu comme un traité de relations internationales à prendre au pied de la lettre, mais mérite d'être pris au sérieux comme document historique de première main et comme objet d'étude d'une diplomatie personnaliste, enracinée dans une grammaire de la parole, dont la cohérence dépasse la seule personnalité de son auteur.

 

eds the personality of its author alone.

 

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Biographie de l'auteur

  • Gomas Aimée Noelle, Université Marien Ngouabi

    Aimée Noëlle Gomas est Maître de Conférences à l'Université Marien Ngouabi (République du Congo), où elle dispense des cours de littérature orale à la Faculté des Lettres, Arts et Sciences humaines (FLASH) ainsi qu'à l'École Normale Supérieure. Ses travaux portent sur la parémiologie, la littérature orale et la rhétorique traditionnelle africaine, avec un intérêt particulier pour la portée éducative et sociale des proverbes dans les sociétés kongo et yombé. Parmi ses publications figurent « La portée des proverbes dans la rumba congolaise » et, avec Bakouma Malanda, « Portée éducationnelle et rhétorique des proverbes dans la société ancestrale kongo », parue dans les Cahiers Africains de Rhétorique. Elle a également publié « L'injure dans l'éducation traditionnelle : blocage ou épanouissement ? » dans la même revue (2025).

Références

Bayart Jean-François (1989), L'État en Afrique. La politique du ventre, Paris, Fayard, coll. « L'espace du politique »

Bidima Jean-Godefroy (1997), La Palabre : une juridiction de la parole, Paris, Michalon, coll. « Le bien commun »

Duarte S. et Kurtz, G. (2025), « Le Congo-Brazzaville sur tous les fronts. Stratégies d'adaptation diplomatique dans un monde fragmenté », dans Ifri, ifri.org

Elongo Arsène(2022), « La métaphore argumentative et ses enjeux pragmatico-stylistiques dans le discours de Denis Sassou N'Guesso », dans Langues, cultures et sociétés, vol. 8, n° 1, p. 51-58.

Elongo Arsène(2023), « La métaphore comme objet de persuasion dans le discours du président congolais sur le coronavirus », dans Maïdakoualé, Houessou, Lezou Koffi, Kiyindou (dir.), La pandémie à coronavirus (COVID-19), Programme Thématique de Recherche Langues, Sociétés, Cultures et Civilisations du CAMES, p. 265-283.

Lembe Sylvie, La politique étrangère du Congo-Brazzaville (1997-2007) : jeux et enjeux d'une realpolitik, mémoire de Master II, IRIC, Yaoundé. memoireonline.com

Makouta-Mboukou Jean-Pierre(1999), La destruction de Brazzaville ou la démocratie guillotinée, Paris, L'Harmattan

Medard Jean-François (1991), « L'État néo-patrimonial en Afrique noire », dans États d'Afrique noire : formation, mécanismes et crise, Paris, Karthala

Tonda Joseph (1998), « La guerre dans le camp nord au Congo-Brazzaville : ethnicité et ethos de la consommation/consumation », dans Patrick Quantin (dir.), Les deux Congo dans la guerre, Politique africaine, n° 72 DOI: https://doi.org/10.3406/polaf.1998.6172

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Publiée

2026-07-30 — Mis à jour le 2026-08-26

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Comment citer

La diplomatie par la parole : tradition mbochi et doctrine de Sassou N’Guesso au Congo (1979-2026). (2026). Cahiers Africains de rhétorique, 5(1), 102-117. https://doi.org/10.55595/gnmw8f09CAR1 (Original work published 2026)

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